Archive | 6 mars 2016

Un interne de chirurgie s’est suicidé cette semaine…

6 mar

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Cette nouvelle m’a tout simplement bouleversée… Vous savez cette sensation désagréable de boule au ventre qui vous tord jusqu’au malaise…

Cette nouvelle m’a bouleversée parce que c’est une histoire qui me touche de près. C’était un confrère, un jeune confrère, 27 ans. Il aurait pu être mon co-interne. Il aurait pu être mon pote, mon pote de galère dans ce monde impitoyable qui est le monde de la médecine, et plus particulièrement de la chirurgie.

Un de ces amis fait passer, en ce moment, sur Facebook, une lettre adressée à ses externes où il décrit son ami.  C’était à priori quelqu’un d’équilibré qui, en plus d’être brillant académiquement, faisait du sports, avait une copine. C’était quelqu’un qui était destiné à une très belle carrière, à une très belle vie, mais qui s’est donné la mort…

Moi aussi, j’ai besoin d’en parler, même si je ne connaissais pas cette personne.

J’ai besoin d’en parler pour que cela n’arrive plus, pour que cela n’arrive pas à un ami, une amie, un confrère, une consoeur, un conjoint, ou à moi…

Malheureusement, personne n’est à l’abri du suicide… Mais avant d’en arriver là, il y a de ces signes qui ne trompent pas.  Et tout un chacun, à mon sens, nous nous devons, en tant qu’être humain pourvu d’humanité, de venir en aide à ces personnes en difficulté.

Mais, malheureusement, dans le monde de la médecine, tout ceci est tabou. Un médecin ne peut pas être malade. Un médecin ne peut pas être faible. Un médecin se doit d’être fort. Un médecin se doit d’être à l’écoute. Un médecin se doit d’être corvéable.

J’ai envie de dire STOP. Putain STOP.

Nous sommes des êtres humains. Nous sommes faibles. Nous faisons semblant.

A force de tirer sur une corde, elle se rompt…

Nous faisons semblant pour rentrer dans les clous, nous faisons semblant pour correspondre aux critères de notre société bien pensante.

Nous sommes au service des malades. Et je le répète ‘au service’. C’est notre sacerdoce… Le serment d’Hippocrate…

Mais nous avons nos limites.

Donc de grâce, arrêtez de tirer sur la corde, arrêter de presser sur le citron. Arrêtez d’être des êtres dépourvus d’humanité. Arrêtez de nous en demander toujours plus. Arrêtez de nous faire la guerre. Et là, je ne vise personne en particulier. Cela peut être aussi bien notre conjoint, notre collègue de travail, notre ami, la société, notre cher gouvernement…

Arrêtez.

Le suicide est six fois plus élevé chez les professionnels de la santé par rapport à la population générale. Il y a un problème, un vrai problème…

J’ai un métier difficile, j’ai un métier à responsabilités. J’ai la vie d’êtres humains entre mes mains. Je suis le médecin, je suis la confidente, je suis le roc de mes malades…

Je veux bien être le médecin. Je veux bien, même si ce n’est pas mon rôle, être la confidente. Mais je ne veux pas être le roc de mes malades.

Je veux que mes malades restent autonomes, gardent leur libre-arbitre, restent responsables de leur choix, de leur vie.

Je ne veux pas prendre sur moi le malheur, la détresse, de tous mes malades. Je ne veux pas culpabiliser, je ne veux pas qu’on me fasse culpabiliser d’être malade, d’être en vacances…

A côté, nous médecins, nous aussi, nous avons nos problèmes, notre famille, nos tracas, nos dettes, nos crédits…

Qui a déjà demandé à son médecin qui avait l’air au bord du rouleau: « Est-ce que ça va Docteur? ». Qui?

J’ai dévié sans le vouloir du message que je voulais faire passer et que je pense être très important. On le sait mais on ne l’applique pas.

Profitez de la vie. Vivez les échecs comme des épreuves pour vous mener vers la réussite. Voyez le verre à moitié plein et non à moitié vide.

Souriez à la vie et elle vous sourira.

Ce matin, je suis vraiment triste. Vraiment. Mais ça passera.

Bon dimanche à toutes et à très vite.

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