Pourquoi culpabilise-t-on de garder espoir?

4 mai

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En tant que médecin, je suis quotidiennement confrontée à l’annonce de maladies graves et à la mort.

Chacun réagit différemment à une telle annonce.  Mais curieusement, alors que tout le monde aspire à aller mieux, que tout le monde aspire à un dénouement heureux, je remarque que, paradoxalement, bon nombre culpabilisent de garder espoir.

Pas plus loin qu’hier, j’ai été confrontée à cette espèce de ‘culpabilité’…

A la demande de mes beaux-parents, je suis allée hier rendre visite à un de leurs amis, actuellement hospitalisé pour la découverte récente d’un cancer d’emblée métastatique.

Je n’y suis pas allée en tant que médecin mais plus en tant qu’amie…

Je savais à peu près à quoi m’attendre puisque c’est mon quotidien..

Il y a eu des pleurs, des peurs verbalisées, du désespoir, un soupçon de colère, quelques regrets, des ‘j’aurais pu mieux faire’, des ‘si j’avais su’, et enfin toujours ce regard suppliant, toujours ce même regard qui demande sans le verbaliser: « Vais-je m’en sortir? »

Malheureusement, on ne guérit pas d’un cancer métastatique. Mais qui dit, pas de guérison, ne dit pas forcément mort imminente. Il y a cancer et cancer, et métastase et métastase…

Faire le deuil de la bonne santé, accepter qu’on ne sera plus comme avant, accepter qu’on aura un traitement à vie, tout ça est extrêmement difficile à encaisser, surtout quand, il y a encore deux mois, tout allait bien et qu’on disputait un tournoi de tennis…

Extrêmement difficile, surtout quand tout le monde vous dit: « Bon courage… », avec ce regard d’une infinie compassion, qu’à force, on ne supporte plus de voir parce que: « Oui, on veut croire que ça va aller mieux. Oui, on veut croire que les traitements spécifiques vont l’aider à s’en sortir! »

C’est un très long cheminement, que ce soit pour le malade et pour la famille. Un long cheminement, et en même temps un cheminement qui se doit d’être rapide car il faut être fort pour soi, fort pour les autres…

Donc il y a ce regard suppliant, et après, il y a cette culpabilité de garder espoir.

Je prends l’exemple de l’épouse. Elle voulait que je lui redonne espoir. Elle voulait entendre que son mari aurait des traitements. Elle le souhaitait, elle le souhaite, elle le souhaitera. Idem pour le mari malade.

Et ma belle-mère qui m’a fait la réflexion suivante: « Elle me fait de la peine. Elle semble avoir compris, mais à chaque bonne nouvelle, elle reprend espoir… ». Comme si vous saviez, il fallait se noyer dans le désespoir. Cette espèce de réflexion cartésienne… Cette ambivalence qui veut qu’on garde la foi, mais aussi cette peur qu’on ne nous prenne pour des imbéciles si on gardait espoir quand tout semble perdu.

Cette réflexion a la capacité, à elle seule, de faire basculer quelqu’un, quelqu’un qui a peur, quelqu’un qui sait qu’il risque de perdre un être cher, quelqu’un qui ne sait plus quoi faire, dans le désespoir le plus total…

Et à quoi cela servirait-il? A quoi? A se préparer au pire?

Et s’il y avait du meilleur?

De l’espoir, je leur en ai donné, tout en essayant de rester objective, parce que, sans espoir, autant se tirer une balle tout de suite dans la tête…

Ce ne sera plus comme avant. Toute amélioration sera une petite victoire. Et le moral, le moral, garder le moral. Rien qu’avec le mental, on arrive à déplacer des montagnes! Oui, des montagnes. Chacun sa montagne.

En la laissant, elle m’a dit: « Merci, j’ai repris espoir. Je ne sais pas si c’est à tort… » .

Non, il n’y a pas d’espoir à tort. Il y a de l’espoir. Point.

Il paraît que l’espoir fait vivre les imbéciles. Et bien, je veux bien être une imbécile, car sans espoir, que nous reste-t-il quand tout semble perdu?

Des bisous, Agnès.

 

 

2 Réponses à “Pourquoi culpabilise-t-on de garder espoir?”

  1. Un mari 8 mai 2016 à 0 h 32 min #

    Bravo.
    Je vis la même situation chaque jour, mon épouse étant en stade 4 pulmonaire. Nous sommes très jeunes (-40 ans) tous les deux. Nous n’avons pas prévu de nous excuser de croire en la guérison.
    Bien à vous

    • petitbrindefemme 12 mai 2016 à 15 h 32 min #

      Merci pour votre commentaire. Et oui, je reste convaincue qu’il faut garder espoir. L’espoir d’aller mieux, l’espoir de bien répondre aux traitements, l’espoir d’avoir accès à de nouveaux traitements innovants. Bien à vous, Agnès.

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